Pedro M.
a
Pedro M. m'a donné le livre Las historias prohibidas del Pulgarcito de Roque Dalton le mercredi 19 août 2009.

Pedro M. :

Voici Las historias prohibidas del Pulgarcito (Les histoires interdites du Petit Poucet). C’est un livre de Roque Dalton, un écrivain du El Salvador, qui m’a énormément marqué. Surtout le dernier poème, Ya te aviso (Je t'avais prévenu).

J’avais avec moi ce livre le 4 mai 2006, lors d’une manifestation à San Salvador Atenco. La police m’a arrêté, puis j’ai été torturé et emprisonné. Au moment de mon arrestation, j’ai perdu mon sac à dos et en sortant de prison, je ne croyais pas que je le retrouverai. Puis, un jour, j’ai reçu un appel anonyme. On me disait qu’on l’avait trouvé dans la rue. Évidemment, on avait pris mon argent, on avait pris mes biens, sauf ce livre qui était toujours à l’intérieur.

Avant de me séparer de ce livre, j’étais quelqu’un. Quand je me suis trouvé à nouveau près de lui, ma vie avait complètement changé. Avant d’être séparé de lui, je vivais pleinement ma phase de jeunesse, de liberté aussi. En retrouvant le livre, j’avais perdu de ma liberté, mon bonheur déclinait. Tout ça comme conséquence des problèmes dans lesquels j’étais pris.

Et, puis... Le livre a une grande signification. Ici, dans les premières pages,  j’ai fait des dessins très simples, que j’ai copiées de l’édition originale. C’est qu’il y a des éditions photocopiées du livre et comme celle-ci ne l’est pas, j’ai essayé de le rendre semblable en photocopiant les dessins que Roque Dalton avait lui-même fait. J’ai aussi annoté des choses au coin des pages. C’est une sorte de collage. Et puis j’ai aussi écrit des choses, sur le coup de l’émotion provoquée par ce que j’avais vécu, l’avant, l’après, ma période séparée du livre, puis celle de nouveau avec lui.

Il est important parce que je me suis rendu compte, que lors de ce moment si déterminant de ma vie, j’étais sous son influence, qu’il avait même provoqué indirectement ma manière d’agir, à ce moment. Quand je le revois, maintenant que ma vie a changé, il prend une signification différente que lorsque je m’en éloigne.

 

a
Les dessins de Pedro.

 

Le 4 mai 2006, je me trouvais à San Salvador Atenco parce que les paysans manifestaient contre l’interdiction qui les empêchait de vendre des fleurs dans la rue. Le gouvernement leur avait retiré le permis de vendre dans la rue.

J’étais étudiant et j’ai su ce qui se passait. Je me suis rendu sur place pour protester, moi aussi. Pendant la manif, 6000 policiers sont apparus, ils nous ont arrêté, nous ont torturé, nous ont attaché et nous ont conduit en prison. C’est là, une fois prisonnier, que j’ai connu ces gens. J’ai vécu avec eux ces moments qui ont très durs pour moi, quelque chose qui a changé ma vie, qui lui a fait prendre un tournant radical.

À ma sortie, une fois libre après avoir payé un certain montant, l’histoire m’a paru tellement triste. Les dirigeants sont toujours en prison, ils en ont pour 120 ans et moi je suis condamné à une liberté conditionnelle. Ce qui fait qu’à chaque fois que je replonge dans les pages de ce livre, me revient l’image de ce matin, le 4 mai 2006 qui a été pour moi, une tragédie. Je reprends alors les paroles de Roque Dalton dans « Yo te aviso », elles redonnent du courage et, en même temps, elles rendent triste. « Il faudra te mettre au lit, te nourrir d’eau et de pain de dynamite, te laver avec des cocktails Molotov. Ces mots me donnent des forces et me dépriment en même temps.

 

 

 

a
Pedro avait oublié de changer la date de son calendrier. Nous étions le 19.

YA TE AVISO…

Patria idéntica a vos misma
pasan los años y no rejuvenecés
deberían dar premios de resistencia por ser salvadoreño
Beethoven era sifilítico y sordo
pero ahí está la Novena Sinfonía
en cambio tu ceguera es de fuego
y tu mudez de grutería

Yo volveré yo volveré
no a llevarte la paz sino el ojo del lince
el olfato del podenco
amor mío con himno nacional
voraz
ya le comiste el cadáver de don Francisco Morazán a Honduras
y hoy te querés comer a Honduras
necesitás bofetones
electro-shocks
psicoanálisis
para que despertés a tu verdadera personalidad
vos no sós don Rafael Meza Ayau ni el Coronel Medrano
habrá que meterte en la cama
a pan de dinamita y agua
lavativas de coctel Molotov cada quince minutos
y luego nos iremos a la guerra de verdad
todos juntos
para ver sí así como roncas duermes
como decía Pedro Infante
novia encarnizada
mamá que parás el pelo

a
Le dernier poème du livre.
a
San Salvador Atenco
a
Après la rencontre, j'ai cherché sur Internet des informations sur cet événement. J'ai découvert qu'il y avait toujours des groupes travaillant activement à la libération des 12 prisonniers politiques. www.atencolibertardyjusticia.com
a
Groupe Facebook supportant la cause.