José S. m'a donné cette photo le mercredi 19 aôut 2009.
José S. :
On a pris cette photo de moi devant la maison d’une amie. J’avais 15 ans et José José vivait là. Je ne tenais pas à le rencontrer ce jour. José José n’était pas quelqu’un que j’aimais. Mais bon, la photo a été prise, là, et...
Des années plus tard, je me suis mis à la musique et j’ai commencé à composer. J’ai alors su apprécier la photo. José José est vraiment un symbole de la musique mexicaine. Surtout parce que ses chansons... Il n’en est pas l’auteur, mais ses interprétations sont si uniques qu’elles ne peuvent être que de lui. Je suis sûr qu’il n’y a pas une minute où l’on n’entende pas, quelque part au Mexique, une de ses chansons. Elles jouent tout le temps, comme celles de Juan Gabriel, qui jouent sans arrêt.
Et puis l’amie qui me l’a offerte, celle qui a pris la photo, est une très bonne amie. C’est un souvenir du temps où je la fréquentais. Ça rend l’objet précieux. La photo a été prise en 1993, ça fait donc 16 ans qu’elle la conserve comme ça, dans son enveloppe de plastique. Je n’ai jamais eu le négatif, la caméra était d’elle, elle a pris la photo et me l’a donnée. Je crois que le négatif n’existe même plus. Ça la rend précieuse, et c’est pourquoi je l’ai toujours conservée.
On le considère comme le prince de la chanson. Il faut le dire: il est le Frank Sinatra du Mexique, le chanteur, pas l’auteur, mais l’interprète qui a marqué son époque. Il doit exister entre 200 et 300 chansons de lui, comme Gavilán o Paloma ou El triste, qu’il a chanté au festival OTI. Mais il a eu aussi une vie très particulière. Il est devenu célèbre alors qu’il était encore jeune. C’est cette même célébrité qui l’a détruite. Il a terminé alcoolique, il a perdu tout son argent, toute sa renommée. Il s’est retrouvé à vivre dans un taxi à Tlahuac, ivrogne, amoureux de la bouteille. Il a perdu sa voix et il ne l’a jamais retrouvée. On dit que c’est à cause de la cortisone qu’il prenait les jours qu’il n’arrivait pas à chanter. Ça lui ouvrait la gorge. Mais il avait une voix formidable. Ce qui a été enregistré sur ses disques est incroyable.
Pochette de disque.
Il y a plusieurs de ses chansons que j’aime beaucoup. Une qui me plaît bien, c’est Voy a llenarte toda [Je vais toute te recouvrir]. Il chante à une femme qu’il la recouvrira de baisers et de caresses. Je l’aime beaucoup parce que dans une vidéo que j’ai vue à Acapulco, tout le monde devient fou avec cette chanson, les gens lui lancent des fleurs, beaucoup de fleurs. J’aime comment il interprète cette chanson. Il dit: « Je vais toute te recouvrir, lentement, peu à peu, de mes baisers ». C’est tellement romantique, je l’aime beaucoup, mais j’aime aussi ses autres chansons. Ce qui est étrange, c’est que ce n’est pas destiné à des gens de mon âge. Ce type de musique plaît à un autre type de public, pour les 50 ans et plus, pour la clientèle des bistrots. Ça joue tout le temps dans les bistrots.
Pourtant, on lui a même rendu hommage récemment. Bon, récemment, disons il y a dix ans, Molotov et tous ces groupes assez nouveaux, ceux qui plaisent à notre génération. J’ai un ami musicien, un de ceux qui aiment le rock, du rock alternatif, de la musique en anglais. Eh bien, récemment, nous étions chez moi, j’avais mon mp3 avec moi, parce que j’en ai un, et il me dit. « Oui, c’est vraiment bon. Plus je grandis, plus j’aime ça. » C’est étrange, parce que jamais je n’aurais imaginé que lui, qui aime tout ce qui est alternatif, aurait aimé José José. Eh bien, il a aimé.
Vidéo clip pour la chanson "Voy a llenarte toda".
Avant l'enregistrement. Nous avons utilisé un camion de Barbie comme support pour le microphone.
Israel, qui m'accompagnait ce jour-là, a trouvé des roches colorées qu'il a emporté avec lui.
Nous nous sommes rencontrés dans une maison semi-abandonnée, que José a acheté dans le but de la démolir et d'en reconstruire une nouvelle.
Sur le chemin du retour, je me suis arrêtée pour prendre cette photo.
La journée suivante, José m'a envoyé le lien d'une de ses chansons sur Youtube.
No sé por que me dijiste adiós. [Je ne sais pas pourquoi tu m'as dit adieux]