Guillermo M.

Guillermo M. m'a donné ce t-shirt le mercredi 15 juillet, 2009.

Guillermo M.:

On m’a offert ce t-shirt lorsque je travaillais au canal 40, à Mexico, à quelques rues d’ici. C’était une chaîne d’information, que des nouvelles, essentiellement. C’était une chaîne très jeune, très petite, qui occupait un seul étage, très grand, un penthouse. Ils tenaient un journal d’information, à une époque où c’était devenu intéressant parce que c’était le début de l’ère du président Fox, qui venait d’un nouveau parti. Nous venions de vivre 70 ans sous le PRI, toujours le même parti, c’était la première fois qu’on se trouvait avec un autre parti. Partout au pays, il y avait espoir que l’information serait plus démocratique. C’était le nouveau contexte en termes d’information. Il y avait espoir qu’en information et en démocratie, ce serait mieux.

Ce fut mon premier emploi professionnel. J’ai vécu un an et demi au Canada, et à mon retour, j’ai cherché du travail et celui-ci fut mon premier, en entreprise. Un travail sérieux pour moi qui avait, jusque-là, étudié et mené divers projets indépendants. C’était comme mon entrée à ce monde. La chaîne a toujours eu des problèmes d’argent. Le propriétaire avait des dettes envers Salinas Pliego, le propriétaire d’une autre chaîne plus grande, TV Azteca. Il lui devait quelque chose comme 40 millions de dollars, résultat d’un prêt. Ils se sont disputés, sont allés en cour. Ça faisait plusieurs années qu’ils étaient en cour, sans résultat. Un jour, je reçois un appel de la chaîne, l’antenne venait d’être saisie. Le propriétaire de l’autre chaîne, Salinas Pliego avait engagé, paraît-il, un groupe de paramilitaires. Ils s’étaient introduits pendant la nuit, avaient ligoté les gardiens de sécurité et pris possession de l’antenne. Ils alléguaient cependant qu’il s’agissait d’une remise en bonne et due forme, que canal 40 inventait tout. Quand je suis arrivé au bureau, j’ai vu les gardiens qui s’en allaient. Ils avaient encore des traces aux poignets. Et ils avaient beaucoup d’argent, des liasses de 500 pesos, de l’argent qu’on leur avait donné pour qu’ils se taisent et partent. Ils ont eu peur, ils ne voulaient pas être impliqués, alors ils ont pris l’argent et l’ont montré.

 

 

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Tapisserie dans le salon de Guillermo.

À mon arrivée, nous avons préparé la nouvelle. Puis, nous avons été environ un mois sans signal. On diffusait par câble, mais pas à travers le signal public, le gratuit. Ça s’est passé le Jour de Noël. Ils ont fait exprès parce qu’à Noël, personne peut réagir, tout le monde est en vacances. Le président n’a rien dit, on ne l’a pas vu pendant une semaine. Le secrétariat général du gouvernement n’a rien dit non plus. À son retour, le président, le président, à qui on demandait de commenter la saisie de l’antenne, a livré son fameux : « Et moi pourquoi?»

Ce fut une grande déception. On avait espoir qu'avec le changement de gouvernement, ces choses ne se produiraient plus. Ce n’était visiblement pas vrai, puisqu’elles existent encore.

J’ai continué à travailler, mais en réalité je n’ai travaillé là que pendant un an. Ce fut une année intense pendant laquelle j’ai vraiment appris à faire du montage. On avait aussi des conflits à l’interne, etc. Moi aussi je me suis disputé. On n’était pas payé, ou alors avec trois ou quatre mois de retard. Ils n’avaient pas d’argent, cependant, le propriétaire avait son yacht et sa maison en France, chose habituelle dans ce pays. C’est la grande différence entre ceux qui travaillent et qui ceux qui dirigent.

Ce fut une expérience forte de vivre ça, cette époque de changement.

Et le t-shirt est le souvenir que j’en ai gardé. J’ai dormi avec lui. Un jour, j’étais au supermarché et je portais ce t-shirt. Au moment de payer, un des employés s’est approché de moi et m’a demandé si j’avais travaillé au canal 40. Je lui ai répondu que oui et pourquoi il me demandait ça. Il m’a répondu ceci: « C’est que je voulais vous remercier pour ce que vous avez fait pour nous. Nous connaissons ce qui est arrivé et les circonstances. » Nous savions que nous étions peu nombreux parmi les médias à essayer d’être objectifs, à ne pas dépendre ni d’un plan ni d’un règlement de comptes. Ça m’a surpris, je ne m’attendais pas à ça. Ce fut agréable. Le t-shirt est une sorte de drapeau, mais je crois que je suis rendu ailleurs dans ma vie. Je peux m’en défaire.

 


Le chat de Guillermo.

Guillermo vit entouré de beaucoup d'images et d'objets.

J'ai rencontré Guillermo dans une fête. Au début, il n'a pas aimé l'idée du projet. Il a dit que, selon lui, rien ne peut être échangé contre quelque chose qui a une valeur sentimentale. Plus tard, il a changé d'idée et il m'a écrit son adresse email sur un bout de papier.

Guillermo habite ici.

Après la rencontre, je suis allée manger une crème glacée avec Ramiro.
J'ai pris une glace au coco pour 25 pesos.

Le jour suivant, Ramiro et moi avons cherché des images de l'antenne sur Internet, laquelle est située au Cerro del Chiquihuite. Nous pensons que nous devrions y aller.

Quelques jours plus tard, Guillermo m'a envoyé cette image du Cerro de Chiquihuite qu'il a prise.

Vue de la ville à partir de la station 40 (photo de Guillermo).

L'antenne (photo de Guillermo).