Enrique C.


Enrique m'a donné ces pantalons le mardi 7 juillet, 2009

Enrique C.:

J’ai eu une amante très intense et cette paire de pantalons de sport, je l’ai ramenée un jour de chez elle. Elle venait me chercher les vendredis, on allait chez elle. On ne sortait plus, sauf pour manger. Le reste de la fin de semaine, on ne faisait que baiser, baiser, baiser, baiser, boire de l’eau et dormir.

Elle habitait une grande tour, d’où l’on pouvait admirer la ville. Parfois, il arrivait que je dorme toute la journée, sans avoir vu la lumière du jour. Je me réveillais alors vers la fin de l’après-midi. Voir le jour qui tombe c’est voir des rayons perpendiculaires qui enflamment les nuages et les toits.

Je prenais une grande respiration, je regardais et je me disais : « ça ne peut être plus beau, la vie ne peut être plus belle que ça! »

Un jour, j’avais les pantalons mouillés, alors j’ai alors mis cette vieille paire pour rentrer chez moi. Je n’ai jamais voulu m’en défaire pour cette raison. En fait, plusieurs fois j’ai été sur le point de dire : « Ah, putain, pourquoi je garde ça, ça ne me sert à rien. » Puis, je me souvenais de... C’est comme une odeur. Un goût de vivre, un goût de plénitude. Justement, c’est comme l’idée d’errer. C’est quelque chose d’inutile, ça ne sert à rien, c’est intime. Si on explique cela à quelqu’un, peut-être qu’il sera sensible à cela, seulement il l’oubliera par la suite, parce que personne n’y voit d’importance. Ça n’a de valeur que pour toi, parce que ça laisse un profond souvenir sur ce que signifie bien vivre.

Ça me rappelle... Je suis convaincu que les dieux sont généreux et que lorsqu’ils offrent quelque chose une fois, il l’offre une deuxième fois. Si un jour tu fais du vélo et que tu avances, peut-être que tu pourrais ne plus jamais refaire du vélo pour le reste de ta vie. Mais si dans tes derniers mouvements, au moment d’être abandonné par la force physique, tu te retrouves devant un vélo et tu montes dessus... Tu seras certainement capable d’en refaire.

Se lancer... L’éternel recommencement ne signifie pas seulement qu’on répète une même erreur. L’éternel recommencement, c’est aussi notre capacité à renaître de manière identique. Si je te donne ces pantalons, c’est pour voir s’ils arrivent à se lancer.

Enrique a mis une condition à notre échange: Il aimerait recevoir une des photographies qu'il a vu sur mon site Internet. Il a dit qu'il serait satisfait avec l'échange si je lui offrais cette image signée.


Après avoir cherché pendant plusieurs minutes sur mon site Internet, Enrique m'a montré cette photo. Elle a été prise en Pologne en 2006. Je ne lui ai rien promis.

Enrique habite ici.

Ce napperon est la première chose que j'ai aimée dans la maison.